I\Une lecture des astres anciennement religieuse
1) Durant l’Antiquité
Dans presque toutes les civilisations anciennes les éclipses furent longtemps
associées à un mauvais présage et les êtres humains ont inventé leurs propres
explications.
Cela fait plus de trois millénaires que les hommes observent les éclipses solaires
totales comme le prouve la découverte d’une tablette d’argile dans la cité
d’Ougarit, en 1948, datant d’il y a 3200 ans décrivant une éclipse totale solaire.
Reprise des recherches archéologiques a Ras Shamra-Ugarit en 1948
A partir de 700 avant Jésus-Christ et jusqu'à 50 av. J.-C., les Babyloniens les ont
méthodiquement consignées sur des tablettes et leurs écrits poussent la
perfection jusqu'à dater l'éclipse à l'heure près.
Les Chinois aussi surveillaient attentivement ce phénomène, jugé très important
pour l'Empereur. Et gare à ceux qui échouaient dans leurs prédictions. En 2137
avant notre ère, deux astronomes de cour, les frères Hi et Ho, auraient eu la tête
tranchée pour avoir échoué à prédire l'éclipse.
Dans l’Antiquité, les mathématiciens et les astrologues ont mis en évidence la
régularité des éclipses solaires et lunaires. En effet, tous les 18 ans et 11 jours le
Soleil, la Lune et la Terre sont alignés. Les Grecs ont nommé ce phénomène le
cycle de Saros.
Certaines périodes sont plus favorisées que d'autres pour observer des éclipses
de Soleil dans une même région. L'historien grec Thucydide (460-vers 395 avant
J.-C.) vécut dans une telle période. Il note qu'au cours de la guerre du
Péloponnèse, les "éclipses de Soleil furent plus nombreuses qu'à tout autre
époque historique". Cette affirmation est confirmée par Francis Richard
Stephenson (astronome britannique) qui date les deux éclipses solaires
mentionnées par Thucydide respectivement du 3 août 431 et du 21 mars 424 av.J.-C.
La première éclipse (annulaire, visible à Athènes) est décrite en ces termes par
l'auteur grec, qui pourrait faire état d'une observation personnelle : « Un jour de
Nouvelle Lune (c'est le seul moment semble-t-il où ce phénomène puisse se
produire) il y eut en début d'après-midi une éclipse de Soleil. Celui-ci prit la forme
d'un croissant et quelques étoiles devinrent visibles ; puis il reprit sa forme
normale »
Ce n’est véritablement qu’avec l’Almageste, la plus grande œuvre astronomique
de l’Antiquité due à l’astronome Claude Ptolémée (IIème siècle), que le calcul des
éclipses solaires devient possible, mais pas encore celui de leur zone globale de
visibilité.
1948 Système astronomique de Ptolémée (système géocentrique)
L’expansion de la civilisation Maya débuta à peu près à l’époque où fleurissait
l’œuvre de Ptolémée. Les astronomes de ce peuple découvrirent bien vite que les
éclipses pouvaient se produire à des intervalles de cinq ou six mois synodiques
lunaires (= la base du mois que l'on connaît aujourd'hui, est de 29 jours, 12
heures, 44 minutes et 2,9 secondes). Ainsi, même s’ils n’étaient pas en mesure
de prévoir le phénomène en question, ils dressaient des tableaux précisant les
jours, considérés comme funestes, où une éclipse était envisageable.
Par ailleurs la méthode exposée dans l’Almageste restera pratiquement
inchangée jusqu’au XVII ème siècle. De plus, un grand astronome arabe Al-Battânî
corrigea certains calculs de Ptolémée et produit de nouvelles tables (suite de
nombres qui indiquent les situations et les mouvements des astres) pour le Soleil
et pour la Lune.
2) Durant le Moyen-Age
Très peu d’informations sur les éclipses au Moyen-Age ont été relatées. Au
Moyen-Âge, en Europe, les éclipses riment avec apocalypses. Dans leurs
descriptions effrayantes, les moines associent l'événement céleste à une
descente aux enfers, dans les ténèbres. De ce fait, à la fin de celles-ci, les
habitants étaient heureux.
Une observation de l’éclipse totale du 1 er mai 1185 consigné dans la « Chronique
de Novgorod » le montre : « Le premier jour de Mai, à la 10 e heure de la journée,
[…] le Soleil est devenu sombre pendant plus d’1 heure et il y avait des étoiles.
Ensuite il a brillé à nouveau et nous étions contents ». Dans une autre version
l’auteur précise : « Le soleil a pris l’apparence de la Lune et de ses cornes sont
ressorties quelque chose ressemblant à des braises ardentes ».
3) Durant les temps modernes.
La transmission de la science arabe à l’Occident chrétien est sans doute un des
facteurs de l’épanouissement scientifique de la Renaissance et peut-être aussi du
retour des humanistes aux sources Grecs. À la Renaissance, et très certainement
grâce à l'invention du télescope (vers 1600) et aux travaux de Copernic, les
éclipses totales de Soleil n'étaient plus considérées comme un événement
particulièrement effrayant. Le polonais Copernic (1473-1543) a en effet théorisé
le fait que c'est la Terre qui tourne autour du Soleil, et non l'inverse comme le
pensait Aristote.
A partir du XVIème siècle on assiste à une augmentation de calendriers de
phénomènes astronomiques en Europe ; elles prévoient très correctement les
éclipses de Soleil et leur visibilité.
Il existe d’ailleurs, depuis le Moyen-Age, des tables spéciales qui prévoient les
éclipses très longtemps à l’avance. Les travaux de Tycho Brahe (1546-1601), puis
de Kepler (1571-1630), ne feront qu’augmenter la précision des théories du Soleil
et de la Lune ; cette quête de précision ne fera que croître après Newton et la
naissance de la mécanique céleste.
L’idée de représenter sur une carte géographique la zone de visibilité d’une
éclipse de soleil remonte au XVIIe siècle, avec Jean-Dominique Cassini (1625-
1712). Il s’agit d’un problème important et délicat qui consiste à déterminer
l’ensemble des points de la surface terrestre qui peuvent voir effectivement une
phase de grandeur donnée de l’éclipse (partielle, totale ou annulaire).

Trajectoire de l'ombre de l'éclipse solaire totale de mai 1715
Et il y a quelque 300 ans, le Britannique Edmond Halley a réalisé une carte
décrivant de façon presque exacte la trajectoire de l'ombre induite par l'éclipse
de Soleil totale sur l'Angleterre en mai 1715.
Au XIXe siècle, l’astronome allemand Friedrich Bessel (1784-1846) mettra au
point une méthode toujours utilisée pour faciliter le calcul des circonstances
locales et générales d’une éclipse de Soleil. Tous ces progrès ont surtout été
possibles en raison d’une connaissance sans cesse améliorée des distances
Terre-Lune et Terre-Soleil depuis le XVIIe siècle.
Mais même encore au début du XXe siècle, le tracé précis de la bande de totalité
sur une carte comportait des incertitudes de quelques kilomètres dues aux
irrégularités de la rotation de la Terre.
En 1749, l’astronome anglais Richard Dunthorne (1711-1775) utilisa des éclipses
mentionnées par Ptolémée. En recalculant ces éclipses, Dunthorne mit en
évidence un désaccord régulier entre les instants calculés et ceux observés : Le
mouvement de la Lune semblait s’accélérer de 20 » par siècle.
Ce n’est qu’au XIXe siècle que le problème fut résolu : ce n’est pas la Lune qui
accélère, c’est la Terre qui tourne plus lentement sur son axe par suite du
frottement des mers sur les fonds océaniques. Puisque la rotation de la Terre se
ralentit de façon constante, le calcul des éclipses anciennes doit prendre en
compte ce ralentissement. Ainsi la Terre ralentit de 1.6 millième de seconde par
siècle.
De nos jours, les scientifiques savent prédire les éclipses avec une extrême
précision (moins d'une seconde). "De ce fait, les éclipses peuvent être perçues
comme une célébration du rationalisme", relève l’Agence spatiale européenne
(ESA) sur son site.